Seulement 4 % des Français pensent que les enseignants sont valorisés. C'est le score le plus bas de l'OCDE.

Question OCDE 2024 : « Pensez-vous que la société valorise les enseignants ? » Réponses « oui » : Finlande 71 %, Corée du Sud 67 %, Singapour 63 %, Allemagne 39 %, Royaume-Uni 22 %, France 4 %. Quatre pour cent. C'est le score le plus bas de l'OCDE, derrière des pays économiquement bien moins développés que le nôtre.

N.M | Nexus

7/10/2026

Question OCDE 2024 : « Pensez-vous que la société valorise les enseignants ? » Réponses « oui » : Finlande 71 %, Corée du Sud 67 %, Singapour 63 %, Allemagne 39 %, Royaume-Uni 22 %, France 4 %. Quatre pour cent. C'est le score le plus bas de l'OCDE, derrière des pays économiquement bien moins développés que le nôtre.

Cette statistique n'est pas une coquetterie sociologique. Elle a des conséquences mesurables sur l'attractivité du métier, sur l'engagement professionnel quotidien, et sur la trajectoire à long terme du système éducatif français.

Le tabou de la valorisation symbolique

Le débat public français a longtemps refusé de prendre au sérieux la question de la valorisation sociale du métier d'enseignant. Le sujet était considéré comme secondaire — un supplément d'âme par rapport aux vrais enjeux : salaires, conditions matérielles, programmes. Cette hiérarchisation, qui semblait évidente, est en train d'être empiriquement réfutée.

Plusieurs travaux récents de l'OCDE, de la Banque mondiale et de l'institut Pisa montrent une corrélation robuste entre le niveau de valorisation sociale perçue d'un métier et la qualité du recrutement dans ce métier. Pas seulement la quantité — la qualité. Les pays où enseigner est perçu comme prestigieux attirent les meilleurs candidats, indépendamment du niveau salarial absolu.

Le cas finlandais

La Finlande est l'illustration la plus saisissante. Les salaires des enseignants finlandais sont modérés — comparables à ceux de la France ou inférieurs dans certaines catégories. Pourtant, le métier est l'un des plus convoités du pays. Top 5 des métiers admirés, devant médecins et juristes. Le taux de sélection au master en sciences de l'éducation est de 10 % — il faut donc être parmi les 10 % meilleurs candidats pour y entrer.

Cette valorisation n'est pas spontanée. Elle est le résultat de soixante ans de politique publique cohérente : campagnes nationales de communication récurrentes, prix institutionnels, intégration explicite du métier d'enseignant dans le récit national finlandais, articulation forte école-société. La Finlande a fait un choix politique explicite, et l'a tenu.

Ce que cela coûterait en France

Le rapport Nexus propose un dispositif articulé. Campagnes nationales de communication récurrentes (à la manière des campagnes de sécurité routière), prix nationaux remis chaque année par le président de la République à des enseignants emblématiques, événements publics célébrant le métier (Journée nationale des enseignants), refonte de la formation initiale pour inclure une dimension de « représentation du métier dans la société ».

Coût estimé : 80 à 120 millions d'euros annuels. Soit moins de 0,04 % du budget de l'Éducation nationale. À l'échelle de l'enjeu, c'est négligeable. À condition d'être tenu dans la durée — au moins une décennie — pour produire un effet mesurable sur la perception sociale.

Et si on se trompait ?

Plusieurs conditions de réfutation. La principale : une évaluation rigoureuse démontrant qu'une politique de valorisation symbolique n'a pas d'effet propre sur l'attractivité. Si les enquêtes à dix ans montrent que la perception sociale reste indifférente à ces dispositifs, l'argument tombe. Si une évolution culturelle spontanée — par exemple une revalorisation portée par les médias indépendamment de toute politique publique — restaure la valorisation sans intervention, l'investissement est inutile. Si d'autres leviers — revalorisation salariale massive, transformation radicale des conditions de travail — produisent un effet équivalent, la priorité est ailleurs.

Cette thèse, Nexus l'assume comme opinion plutôt que comme conviction empirique stricte. Mais à 4 % de valorisation, le statu quo n'est pas tenable. Ne pas agir, c'est garantir l'aggravation. Agir, même imparfaitement, c'est au moins poser les conditions d'un débat démocratique sur ce qu'on veut faire de notre école.


Nexus

Think tank associatif fondé en 2026. Analyses rigoureuses sur les transformations de la société française et européenne. Association loi 1901.

Gouvernance

© 2026 Nexus Think Tank - Association loi 1901

Président : L. Candotti
Vice-Président : A. Daguenet
Trésorier : K. Leygue

Fait pour le débat public