On manque de profs de maths. Pas de profs de musique. Et l'État paye tout le monde pareil.

Concours 2025 du CAPES. Mathématiques : 74,4 % des postes pourvus. Lettres modernes : 87,7 %. Anglais : 93,4 %. Histoire-géographie : presque 100 %. Allemand : 64 %. Technologie : 58 %. Musique : intégralement pourvu.

K.Leygue

7/5/2026

Concours 2025 du CAPES. Mathématiques : 74,4 % des postes pourvus. Lettres modernes : 87,7 %. Anglais : 93,4 %. Histoire-géographie : presque 100 %. Allemand : 64 %. Technologie : 58 %. Musique : intégralement pourvu.

Voilà la réalité statistique de la crise du recrutement enseignant en France. Elle n'est pas uniforme. Elle est disciplinaire. Et ce détail, qui devrait orienter toute politique sérieuse, est masqué par un fonctionnement institutionnel qui traite toutes les disciplines de la même manière.

La concurrence du marché privé

Pour comprendre pourquoi, il faut tenir compte d'un facteur souvent passé sous silence : la concurrence avec le secteur privé. Un titulaire d'un master en mathématiques peut, en France en 2025, gagner entre 45 000 et 65 000 euros annuels brut dès son premier poste dans la finance, la data science ou le conseil. Un titulaire d'un master de lettres modernes a, sur le marché privé, beaucoup moins d'options à ce niveau de rémunération.

Conséquence : pour un même salaire de débutant à l'Éducation nationale — environ 30 000 euros brut — le coût d'opportunité varie considérablement selon la discipline. Le mathématicien renonce, en moyenne, à 50 % de revenu en choisissant l'enseignement. Le lettré, à 15 %. Le musicologue, à 10 %.

Sans surprise, la France manque de profs de maths et n'a aucune pénurie en musique. Ce n'est pas une question de vocation. C'est une question d'économie comparée.

Ce que font les autres pays

L'Allemagne, l'Angleterre, les Pays-Bas appliquent depuis quinze ans des primes disciplinaires différenciées. Un enseignant de mathématiques touche entre 3 000 et 8 000 euros de plus par an qu'un enseignant de langues, à statut équivalent. Sans état d'âme idéologique : ce n'est pas la valeur du métier qui est en cause, c'est le marché de la ressource humaine qui impose ce différentiel pour attirer les candidats.

La France, elle, refuse cette logique au nom de l'égalité de traitement. C'est une position défendable. Mais elle se paye d'une pénurie chronique dans certaines disciplines structurellement déficitaires.

Ce que mesurent les enquêtes

Plusieurs travaux du Céreq et de l'OCDE depuis 2018 convergent. Un dispositif de prime disciplinaire ciblée — entre 3 000 et 6 000 euros par an pour les disciplines en tension — produit un effet propre mesurable sur le taux d'inscription au concours et sur la rétention dans les cinq premières années. L'effet est plus net en mathématiques qu'en lettres. Plus net en collège qu'en lycée. Plus net en région parisienne que dans les régions où le coût d'opportunité est moindre.

Ce que ça change concrètement

Le rapport Nexus propose trois dispositifs articulés. Primes disciplinaires ciblées pour les disciplines structurellement déficitaires (mathématiques, allemand, lettres classiques, technologie) : entre 3 000 et 6 000 euros annuels selon les niveaux de tension. Voies d'accès alternatives pour les profils en reconversion — par exemple, un ingénieur de 35 ans souhaitant enseigner les mathématiques bénéficierait d'un parcours accéléré d'un an, financé. Partenariats université-écoles d'ingénieurs pour le recrutement précoce des futurs enseignants en mathématiques et physique-chimie.

Coût estimé : 320 millions d'euros annuels à terme. Soit 0,1 % du budget de l'Éducation nationale. Rendement attendu : combler progressivement les déficits structurels en cinq à sept ans, sans peser sur les disciplines non déficitaires.

Et si on se trompait ?

Plusieurs conditions de réfutation. Si l'évolution démographique des candidatures rééquilibre spontanément les disciplines en tension — par exemple si l'IA générative dévalorise les métiers data science et redirige les mathématiciens vers l'enseignement —, la prime devient inutile. Si une évaluation contrefactuelle d'un dispositif pilote démontre un effet propre marginal, l'argument tombe. Si le refus politique de la différenciation disciplinaire prévaut au nom de l'égalité, il faudra trouver d'autres leviers.

Mais en l'état, ne pas différencier au nom de l'égalité, c'est garantir des classes de mathématiques sans professeur titulaire pendant des années. L'égalité de traitement appliquée aveuglément produit l'inégalité réelle pour les élèves.


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