Mobilité villes moyennes - chômage et employabilité 18-25 ans
Cette note Nexus analyse le lien entre mobilité, chômage et employabilité des 18-25 ans dans les villes moyennes françaises. Elle défend l’idée que l’accès à l’emploi dépend aujourd’hui autant des infrastructures de mobilité — permis B, transports, véhicule personnel — que de la formation elle-même. À travers neuf thèses consolidées, le rapport explore les enjeux d’apprentissage, de mobilité territoriale, de transition énergétique et d’ancrage local des jeunes actifs.
ÉCONOMIE ET TRAVAIL
Nexus
5/25/2026


I. Ce que ce sujet pose comme problème
En villes moyennes françaises, le chômage des 18-25 ans peu diplômés ne se résout pas principalement par des offres d’emploi manquantes : les emplois existent, mais l’accès réel à ces emplois est verrouillé par une chaîne de prérequis dont le permis B et le véhicule personnel constituent le maillon le plus souvent rompant. Cette note résume neuf thèses Nexus consolidées qui réorganisent la question de l’emploi des jeunes comme une question d’infrastructures et d’accès, plus que comme une question de compétences ou d’attitudes individuelles.
Articulation aux transitions transverses Nexus
● cognitive (formation/CFA)
● mobilité (permis B, transports collectifs)
● énergétique (véhicule électrique abordable)
II. Les neuf thèses consolidées
THÈSE-2026-010 — Le permis B comme infrastructure d’employabilité prioritaire
Statut épistémique : Thèse consolidée • Robustesse empirique : Forte
Énoncé.
Pour les jeunes 18-25 ans peu diplômés en ville moyenne, le permis B et l’accès à un véhicule personnel constituent, à la date de référence et dans la configuration française actuelle des transports collectifs hors métropoles, un prérequis structurel d’accès à une part substantielle des emplois disponibles localement. Les politiques publiques d’aide à l’obtention du permis B doivent en conséquence être considérées comme des politiques d’employabilité, et non comme des politiques de mobilité parmi d’autres.
Étayage condensé.
La convergence empirique mobilisée pour cette thèse est multi-sources. Les enquêtes Auto-école Réseau (2024) et Ipsos établissent à environ 70-75 % le taux de détention du permis B chez les 18-25 ans en ville moyenne (versus 50-55 % en métropole, où les transports collectifs offrent une alternative crédible).
Conditions de falsifiabilité (5 conditions).
● Publication par France Stratégie, l’IPP ou la DARES d’une évaluation contrefactuelle rigoureuse démontrant que les dispositifs d’aide au permis pour les jeunes peu diplômés en ville moyenne n’ont pas d’effet net mesurable sur l’accès à l’emploi à 12 et 24 mois.
● Transformation substantielle de l’offre de transports collectifs en ville moyenne, mesurable par l’extension du périmètre des emplois accessibles en moins de 45 minutes de transport collectif sans véhicule personnel à plus de 70 % du bassin d’emploi local.
● Évolution structurelle du marché du travail réduisant la part des emplois pour lesquels « permis B requis » figure en condition d’embauche à moins de 30 % des offres en ville moyenne.
● Démonstration empirique que les bénéficiaires des dispositifs d’aide au permis présentent un profil systématiquement biaisé (sélection à l’entrée par les opérateurs), de telle sorte que l’effet observé ne peut être imputé au dispositif.
● Substitution effective et documentée de la mobilité douce (vélo électrique, scooter électrique) à la voiture pour une part majoritaire des trajets domicile-travail en ville moyenne.
THÈSE-2026-011 — Concentrer l’apprentissage sur le secondaire et la filière professionnelle
Statut épistémique : Thèse consolidée • Robustesse empirique : Forte
Énoncé.
Le redéploiement de l’apprentissage français vers le secondaire (CAP, Bac pro) et la filière professionnelle est la voie la plus prometteuse empiriquement pour ancrer territorialement la formation et l’emploi des jeunes peu diplômés en ville moyenne. Le ciblage de l’aide unique aux employeurs doit en conséquence privilégier le secondaire sur le supérieur.
Étayage condensé.
La concentration de la croissance 2018-2023 sur l’apprentissage supérieur (Bac+2 à Bac+5) a produit deux effets non souhaités : un effet d’aubaine documenté entre 40 % et 70 % (IPP 2023, Cour des comptes 2024), et une polarisation métropolitaine de l’offre d’apprentissage qui défavorise les villes moyennes. Le secondaire présente un effet d’aubaine plus faible (20-40 %) et un maillage territorial CFA plus dense.
Conditions de falsifiabilité (4 conditions).
● Évaluation contrefactuelle démontrant que l’effet propre de l’apprentissage supérieur sur l’accès à un CDI à 3 ans est supérieur à celui de l’apprentissage secondaire, à profil de jeune équivalent.
● Évolution du marché du travail en ville moyenne consacrant une demande structurelle d’apprentis supérieurs supérieure à la demande d’apprentis secondaires, mesurable sur trois années glissantes.
● Disparition de l’effet d’aubaine documenté sur l’apprentissage supérieur, à la suite d’un ciblage plus fin de l’aide unique aux employeurs.
● Démonstration que le maillage territorial CFA secondaire se dégrade plus vite que le maillage CFA supérieur, inversant le différentiel d’accessibilité.
THÈSE-2026-012 — Investir dans les formations supérieures courtes de proximité
Statut épistémique : Thèse consolidée • Robustesse empirique : Forte
Énoncé.
Le développement des formations supérieures courtes de proximité (BTS, BUT, licence professionnelle, antennes universitaires) dans les villes moyennes constitue un levier majeur d’ancrage territorial des jeunes diplômés et de réduction de la mobilité forcée. L’investissement public dans ces formations doit être renforcé et territorialisé en priorité dans les villes moyennes des trajectoires 2 (transition) et 3 (décroissance).
Étayage condensé.
Les enquêtes Génération du Céreq documentent un effet ancrage territorial significatif des formations supérieures courtes : les jeunes ayant suivi un BTS ou un BUT dans une ville moyenne ont une probabilité de rester dans cette ville à 5 ans supérieure de 15-25 points à celle des jeunes partis suivre des études supérieures longues en métropole. Les analyses qualitatives ANCT et Villes de France convergent sur le rôle structurant des antennes universitaires de villes moyennes (Belfort, Cherbourg, Roanne, Tarbes, Quimper, etc.) dans la dynamique d’emploi local.
Conditions de falsifiabilité (4 conditions).
● Démonstration que les jeunes diplômés des formations supérieures courtes de proximité en ville moyenne présentent, à profil égal, une moindre insertion professionnelle que les diplômés des mêmes filières en métropole.
● Évolution de la demande des entreprises locales consacrant une préférence structurelle pour les diplômés Bac+5 généralistes sur les Bac+2/Bac+3 spécialisés territorialement.
● Disparition progressive de l’effet d’ancrage territorial des formations supérieures courtes, sous l’effet de la généralisation du télétravail et de la dématérialisation de la formation.
● Démonstration que l’investissement public dans les antennes universitaires de ville moyenne génère un coût par diplômé supérieur de plus de 50 % au coût équivalent en métropole, sans gain compensatoire en insertion.
THÈSE-2026-013 — Évaluation contrefactuelle rigoureuse du CEJ avant toute reconduction
Statut épistémique : Thèse consolidée • Robustesse empirique : Forte
Énoncé.
Toute reconduction substantielle, extension ou réforme du Contrat d’Engagement Jeune doit être conditionnée à la publication préalable d’une évaluation contrefactuelle rigoureuse permettant d’isoler son effet propre sur l’accès à l’emploi durable des bénéficiaires, et de comparer cet effet à celui qu’aurait produit le dispositif antérieur (Garantie Jeunes) ou l’absence de tout dispositif. La transparence évaluative est, sur ce dispositif comme sur tout dispositif public à coût élevé, une condition démocratique de pilotage.
Étayage condensé.
La Cour des comptes (Rapport public annuel 2025, volume 1) signale explicitement l’absence d’évaluation contrefactuelle du CEJ trois ans après sa création. Le coût annuel du dispositif dépasse 1,5 milliard d’euros. L’évaluation DARES 2023 sur l’effet à 6 mois est non contrefactuelle. L’évaluation conjointe IPP/France Stratégie annoncée pour 2026-2027 n’a pas de calendrier précis à la date de référence.
Conditions de falsifiabilité (4 conditions).
● Publication d’une évaluation contrefactuelle rigoureuse démontrant un effet propre du CEJ sur l’accès au CDI à 3 ans significativement supérieur à 5 points de pourcentage par rapport au groupe de contrôle.
● Démonstration que le dispositif antérieur (Garantie Jeunes) produisait des effets équivalents ou inférieurs, justifiant à effet constant la substitution.
● Évolution du dispositif (durcissement du ciblage, augmentation de l’intensité d’accompagnement, modification de l’allocation) modifiant substantiellement les paramètres de l’évaluation requise.
● Reconnaissance institutionnelle publique de la méthode d’évaluation contrefactuelle comme standard de pilotage des dispositifs publics jeunesse, avec engagement budgétaire dédié.
THÈSE-2026-014 — Harmoniser les politiques d’aide à la mobilité entre échelons
Statut épistémique : Hypothèse de travail • Robustesse empirique : Moyenne
Énoncé.
La fragmentation des 458 dispositifs d’aide à la mobilité recensés par le programme 1Jeune1Permis (35 nationaux, 214 régionaux/départementaux, 209 locaux) produit un coût d’accès à l’information et un effet de non-recours documentés. L’harmonisation entre échelons (mise en cohérence des barèmes, plateforme unique d’information et de demande, articulation des financements) constituerait un levier de simplification administrative à fort effet net attendu, sans coût budgétaire supplémentaire substantiel.
Étayage condensé.
L’analyse documentaire et les entretiens convergent sur le constat de fragmentation. Les analogies internationales (Allemagne, Royaume-Uni) suggèrent qu’un pilotage harmonisé est possible sans recentralisation. L’effet attendu de l’harmonisation sur l’employabilité est positif mais non quantifié dans le corpus disponible — d’où le statut d’hypothèse de travail.
Conditions de falsifiabilité (4 conditions).
● Évaluation d’une expérimentation pilote d’harmonisation démontrant un coût de mise en cohérence supérieur aux gains nets attendus.
● Démonstration que la fragmentation actuelle produit un effet d’innovation locale supérieur au coût de complexité documenté.
● Résistance institutionnelle des collectivités à l’harmonisation, rendant l’opération politiquement impossible à coût budgétaire raisonnable.
● Constat empirique que le non-recours documenté provient principalement de causes culturelles ou cognitives non adressables par la simplification administrative.
THÈSE-2026-015 — Articuler les programmes ACV/PVD à un volet emploi-jeunes piloté
Statut épistémique : Hypothèse de travail • Robustesse empirique : Moyenne
Énoncé.
Les programmes Action Cœur de Ville (244 communes, 11,5 Md€ mobilisés depuis 2018) et Petites Villes de Demain (1 600 communes) traitent prioritairement l’urbanisme, le commerce et l’habitat, sans volet emploi-jeunes formellement piloté. L’ajout d’un tel volet, articulé aux acteurs locaux de l’emploi (Missions locales, France Travail, CFA), pourrait amplifier substantiellement l’effet emploi des programmes existants sans création de dispositif nouveau.
Étayage condensé.
Les bilans ANCT et Banque des Territoires documentent les effets ACV/PVD principalement sur des indicateurs urbains et commerciaux. L’effet emploi est inférentiel, non mesuré directement. Le potentiel d’articulation est cité dans plusieurs analyses sans qu’une expérimentation systématique ait été conduite.
Conditions de falsifiabilité (3 conditions).
● Expérimentation pilote d’articulation ACV-emploi démontrant un effet propre nul ou marginal sur l’employabilité des jeunes de la commune.
● Démonstration que l’effet emploi inférentiel actuel des programmes ACV/PVD est déjà maximal et qu’un volet additionnel ne produirait que des doublons institutionnels.
● Évolution des programmes ACV/PVD intégrant déjà un volet emploi piloté, rendant la thèse caduque par mise en œuvre.
THÈSE-2026-016 — Soutenir la mobilité décarbonée des jeunes en villes moyennes
Statut épistémique : Hypothèse de travail • Robustesse empirique : Moyenne
Énoncé.
La transition vers la mobilité décarbonée (véhicule électrique, vélo à assistance électrique, transports collectifs électrifiés) est, en ville moyenne, structurellement plus difficile et plus coûteuse pour les jeunes 18-25 ans peu diplômés que pour les autres populations. Un dispositif national dédié, ciblé sur cette population et articulé aux dispositifs d’aide au permis et à la mobilité, est nécessaire pour éviter une fracture supplémentaire entre métropole et ville moyenne sur l’enjeu environnemental.
Étayage condensé.
Le coût d’achat d’un véhicule électrique standard neuf (25-35 k€) est inaccessible à un jeune en début d’activité (revenu net moyen 1 200-1 600 €/mois). Le marché de l’occasion électrique est encore réduit. L’infrastructure de recharge est peu déployée hors métropoles. Sans intervention publique spécifique, la transition produit une fracture économique et générationnelle aggravée.
Conditions de falsifiabilité (4 conditions).
● Baisse structurelle et durable du prix du véhicule électrique neuf en dessous de 18 k€, le rendant accessible au revenu jeune sans dispositif d’aide spécifique.
● Déploiement substantiel de l’infrastructure de recharge en ville moyenne et zones rurales périphériques (couverture 90 % du bassin d’emploi à moins de 10 km).
● Substitution effective et documentée du vélo à assistance électrique à la voiture pour la majorité des trajets domicile-travail en ville moyenne.
● Évaluation contrefactuelle d’un dispositif d’aide ciblé démontrant un effet propre nul sur la transition décarbonée des jeunes en ville moyenne.
THÈSE-2026-017 — Adopter une doctrine nationale dédiée aux villes moyennes
Statut épistémique : Hypothèse de travail • Robustesse empirique : Opinion assumée
Énoncé.
La France gagnerait à se doter d’une doctrine nationale dédiée aux villes moyennes, distincte de la doctrine métropolitaine et de la doctrine rurale, et pilotée dans la durée à l’échelle interministérielle. Cette doctrine devrait reconnaître l’hétérogénéité des trajectoires (croissance attractive, transition, décroissance) et différencier les leviers d’action selon la trajectoire. La position est argumentée par référence aux modèles allemand (Mittelstand, Mittelstadt) et italien (città medie), et par le constat de l’insuffisance actuelle de l’architecture française dispersée entre ACV, PVD, ANCT, et politiques sectorielles.
Statut. Cette thèse est explicitement assumée comme opinion politique argumentée et non comme déduction empirique.
Conditions de falsifiabilité (3 conditions).
● Démonstration que les bilans empiriques des doctrines allemande et italienne dédiées aux villes moyennes ne produisent pas un avantage net mesurable sur des indicateurs comparables.
● Renforcement substantiel et durable de l’architecture institutionnelle française existante (ACV, PVD, ANCT) rendant inutile une doctrine nationale dédiée additionnelle.
● Évolution démographique et économique modifiant la pertinence même de la catégorie « ville moyenne » comme catégorie d’action publique.
THÈSE-2026-018 — Considérer la politique du retour des 28-35 ans
Statut épistémique : Hypothèse de travail • Robustesse empirique : Opinion assumée
Énoncé.
La politique publique des villes moyennes gagnerait à considérer explicitement le segment des 28-35 ans en mobilité résidentielle de retour, c’est-à-dire les anciens jeunes des villes moyennes ayant fait leurs études supérieures et leurs premières années professionnelles en métropole, et candidats à un retour en ville moyenne pour des raisons familiales, économiques ou de qualité de vie. Cette population est mal identifiée dans les politiques publiques, alors qu’elle constitue un levier potentiel important de redynamisation économique et démographique des villes moyennes.
Conditions de falsifiabilité (3 conditions).
● Démonstration que le phénomène du retour 28-35 ans est statistiquement marginal et ne peut, à coût raisonnable de politique publique, être amplifié au-delà des dynamiques spontanées actuelles.
● Évolution démographique consacrant un retour métropolitain durable des classes d’âge 30-45 ans, invalidant l’hypothèse d’une dynamique de retour en ville moyenne.
● Évaluation d’une politique pilote de retour démontrant un effet propre nul ou négatif sur l’attractivité économique de la ville moyenne d’accueil.
III. Que retenir
Les neuf thèses présentées ne sont pas neuf affirmations indépendantes. Elles forment un système : chaque thèse présuppose ou complète les autres, et l’ensemble articule le diagnostic au cadre Nexus (statuts épistémiques explicites, conditions de réfutation publiques, robustesse empirique hiérarchisée).
Nexus
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