Les profs français bénéficient de 5 fois moins d'heures de formation continue que leurs voisins. Et on s'étonne du décrochage.

Pour rendre un professeur de mathématiques pleinement opérationnel face à ChatGPT, combien d'heures de formation continue lui faut-il ? Selon l'OCDE, dans les pays où l'IA générative a été intégrée à l'enseignement secondaire avec un effet positif mesuré, environ 30 à 50 heures réparties sur deux ans. En France, en 2025, un enseignant titulaire bénéficie en moyenne de 9 heures de formation continue annuelles. Toutes thématiques confondues.

C.M | Nexus

7/8/2026

Pour rendre un professeur de mathématiques pleinement opérationnel face à ChatGPT, combien d'heures de formation continue lui faut-il ? Selon l'OCDE, dans les pays où l'IA générative a été intégrée à l'enseignement secondaire avec un effet positif mesuré, environ 30 à 50 heures réparties sur deux ans. En France, en 2025, un enseignant titulaire bénéficie en moyenne de 9 heures de formation continue annuelles. Toutes thématiques confondues.

Cet écart structurel n'est pas qu'un détail technique. C'est le sous-investissement chronique qui transforme une vague technologique en crise institutionnelle.

L'enquête TALIS qui dérange

Tous les cinq ans, l'OCDE publie son enquête TALIS sur les pratiques enseignantes dans 48 pays. La dernière édition, 2024, est riche d'enseignements pour la France. Sur la dimension « formation continue », notre pays se classe au 43e rang sur 48. Les enseignants français déclarent recevoir 8,7 heures de formation continue par an en moyenne, contre 47 heures en Singapour, 38 heures en Finlande, 31 heures en Estonie.

Et ce n'est pas une question de volonté individuelle. Selon TALIS 2024, 74 % des enseignants français se déclarent demandeurs de plus de formation, mais ne peuvent y accéder pour des raisons d'organisation — formations refusées par la hiérarchie, plages horaires inadaptées, absence d'offre dans certains domaines.

Pourquoi la formation continue compte

Trois raisons structurelles. Premièrement, le métier d'enseignant évolue plus vite que dans n'importe quelle autre profession qualifiée. Programmes scolaires modifiés, nouveaux outils numériques, nouvelles approches pédagogiques validées par les sciences cognitives — un enseignant qui n'actualise pas ses pratiques s'éloigne mécaniquement de l'état de l'art.

Deuxièmement, la transformation accélérée par l'IA générative. Avec ChatGPT et ses équivalents, c'est l'ensemble du métier qui se transforme. Pas marginal — fondamental. Sans formation, l'enseignant ne fait pas que perdre en efficacité : il perd en pertinence aux yeux des élèves.

Troisièmement, l'attractivité du métier elle-même. Une enquête IFOP 2024 montre que 68 % des enseignants français considèrent l'insuffisance de la formation continue comme l'un des facteurs majeurs de démotivation professionnelle. Plus que la rémunération. Plus que les conditions matérielles. La perception d'être abandonné dans ses compétences est un déclencheur puissant de décrochage.

Ce que font les autres pays

Singapour considère la formation continue comme un investissement stratégique. Chaque enseignant bénéficie de 100 heures par an. Une partie est obligatoire, une partie est choisie par l'enseignant selon ses priorités professionnelles. La grille horaire est conçue pour rendre ces heures effectivement disponibles.

La Finlande a un système plus décentralisé, mais avec une obligation légale de formation continue substantielle. L'Allemagne a déployé en 2022 un plan national de formation à l'IA générative pour les enseignants, avec un budget de 1,8 milliard d'euros sur cinq ans.

La France, elle, n'a pas de plan structurel équivalent. La formation continue est dispersée entre rectorats, INSPÉ, Canopé, partenaires associatifs, sans vision d'ensemble cohérente.

Ce que ça change concrètement

Le rapport Nexus propose un plan Formation Continue 2026-2030. Objectif : passer de 9 heures annuelles à 30 heures par enseignant titulaire d'ici 2030. Trois axes : actualisation pédagogique sur les apports des sciences cognitives ; formation aux nouveaux outils (IA générative en priorité) ; accompagnement aux transformations disciplinaires (renouvellement des programmes).

Coût estimé : 1,4 milliard d'euros annuels supplémentaires à terme. Soit 0,4 % du budget de l'Éducation nationale. Modalités : décharge horaire systématique pour la formation, refonte des dispositifs existants en pôles thématiques cohérents, certification professionnelle des modules suivis.

Et si on se trompait ?

Plusieurs conditions de réfutation. Si une évaluation rigoureuse démontre que la formation continue actuelle est déjà efficace, l'argument tombe. Si le marché de la formation continue sature — insuffisance de formateurs qualifiés —, le plan devient irréaliste. Si une évolution culturelle rend la formation continue formelle moins pertinente, via auto-formation ou communautés de pratique, le levier se déplace.

Mais en l'état actuel, 9 heures par an pour faire face à une transformation technologique majeure, c'est un acte de mauvaise foi institutionnelle. On demande aux enseignants de s'adapter sans leur donner les outils pour le faire.


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