AESH avant la rentrée : une promesse de la République qui doit enfin être tenue

Septembre 2025, premier jour d'école. Camille, 7 ans, atteinte d'une dyspraxie sévère, devait bénéficier d'un accompagnement par une AESH — Accompagnante d'Élève en Situation de Handicap — pour douze heures par semaine, conformément à la notification de la MDPH. À la rentrée, aucune AESH n'est affectée. Le rectorat évoque « des difficultés de recrutement ». Les parents reçoivent une lettre type. Camille passe sa première semaine d'école sans accompagnement, recroquevillée dans le fond de la classe.

L.Candotti

6/16/2026

Septembre 2025, premier jour d'école. Camille, 7 ans, atteinte d'une dyspraxie sévère, devait bénéficier d'un accompagnement par une AESH — Accompagnante d'Élève en Situation de Handicap — pour douze heures par semaine, conformément à la notification de la MDPH. À la rentrée, aucune AESH n'est affectée. Le rectorat évoque « des difficultés de recrutement ». Les parents reçoivent une lettre type. Camille passe sa première semaine d'école sans accompagnement, recroquevillée dans le fond de la classe.

Ce scénario, qui devrait être l'exception, est devenu en France l'expérience banale de dizaines de milliers de familles. Selon les remontées du SNUipp-FSU et du SE-UNSA, au moins 23 % des élèves bénéficiant d'une notification AESH n'ont pas eu d'accompagnement effectif à la rentrée 2024. Les chiffres pour 2025 ne sont pas encore consolidés, mais semblent dans les mêmes ordres de grandeur.

Le décalage entre droit notifié et droit effectif

La loi de 2005 sur l'égalité des chances a posé un droit à l'éducation pour tous les enfants en situation de handicap. Vingt ans plus tard, ce droit reste largement déclaratif. Une notification MDPH ouvre théoriquement à un accompagnement. Dans les faits, ce droit s'exerce sous conditions de disponibilité — disponibilité d'AESH formées, disponibilité budgétaire, disponibilité de structures.

Cette tension entre droit notifié et droit effectif n'est pas spécifique au handicap. Elle traverse l'ensemble de l'action sociale française. Mais elle est particulièrement coûteuse ici, parce qu'elle touche des enfants en début de scolarisation, où les premières années conditionnent durablement la trajectoire d'apprentissage. Un enfant sans accompagnement à 6-7 ans, c'est souvent un enfant qui décroche durablement, qu'on aura beaucoup de difficultés à raccrocher plus tard.

Les conséquences se mesurent. Une étude de la DEPP publiée en 2024 a comparé les trajectoires scolaires d'enfants en situation de handicap ayant bénéficié, ou non, de leur accompagnement notifié dès le primaire. Les premiers atteignent le collège en intégration ordinaire dans 78 % des cas. Les seconds, dans seulement 41 % des cas. L'écart est massif, et il se cumule sur toute la scolarité.

Pourquoi le déficit est structurel

Le métier d'AESH cumule plusieurs handicaps structurels. Premier handicap : la rémunération. Une AESH débutante gagne moins de 850 euros net par mois pour un temps incomplet — typiquement 24 heures par semaine. C'est insuffisant pour vivre, encore plus pour s'établir en autonomie. La précarité chronique éloigne les candidatures qualifiées.

Deuxième handicap : la formation. Le cursus initial d'AESH est court et largement insuffisant pour les troubles complexes (autisme sévère, polyhandicap, troubles cognitifs majeurs). Les enseignements continus sont irréguliers, dépendant fortement des moyens académiques. Beaucoup d'AESH se retrouvent en classe avec une formation incomplète, ce qui détériore à la fois la qualité de l'accompagnement et leur propre santé professionnelle.

Troisième handicap : la gestion administrative. Les AESH dépendent des PIAL (Pôles Inclusifs d'Accompagnement Localisés), des rectorats, des écoles, parfois des MDPH. Leur planning peut changer plusieurs fois par mois, les contraignant à des déplacements multiples pour quelques heures dans plusieurs établissements. Beaucoup quittent le métier après deux à trois ans.

Ce que propose le rapport

Un plan « AESH 2027 » articulé en quatre axes pour garantir le droit effectif avant la rentrée 2027. Premier axe : revalorisation salariale immédiate à hauteur du SMIC pour les contrats à temps plein, et accès facilité au temps plein pour celles qui le souhaitent. Coût budgétaire estimé : 580 millions d'euros annuels.

Deuxième axe : doublement de la durée de formation initiale (de 60 à 120 heures), avec spécialisations selon les troubles. Création d'une certification professionnelle reconnue. Coût : 80 millions d'euros annuels sur cinq ans.

Troisième axe : un statut unique d'AESH titulaire, sur le modèle des autres professions de la fonction publique éducative, permettant d'attirer et de retenir durablement les candidats qualifiés. Cette réforme demande un acte législatif explicite.

Quatrième axe : un système d'information national permettant à chaque famille de suivre en temps réel l'avancement de l'affectation d'un AESH après notification MDPH — et de prouver l'effectivité du droit notifié. Coût : 25 millions d'euros une fois.

Et si l'on se trompait ?

Cette thèse serait à reconsidérer si l'on démontrait que l'absence d'accompagnement effectif n'a pas d'impact significatif sur les trajectoires scolaires — ce que l'étude DEPP réfute clairement. Elle serait également à nuancer si une rupture organisationnelle (déploiement massif d'outils numériques d'aide à l'apprentissage, externalisation à des opérateurs privés) modifiait suffisamment l'équation pour rendre obsolète le métier d'AESH. À horizons proches, cette hypothèse reste très spéculative et controversée.

Vingt ans après la loi de 2005, il est temps de reconnaître que le droit notifié n'est pas le droit effectif. Cette reconnaissance demande un investissement public substantiel — environ 700 millions d'euros annuels une fois le plan complet déployé — mais c'est l'investissement minimal pour que la promesse républicaine d'égalité des chances cesse, pour ces enfants, d'être une fiction administrative.

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